Nos magazines forment une collection vivante de rencontres, de témoignages de ceux et celles qui font vivre le Sud Cévennes.
Depuis sa première édition, le magazine Rencontre Sauvage donne la parole à celles et ceux qui font vibrer le territoire du Sud Cévennes. Chaque numéro est une invitation à la découverte à travers des entretiens sensibles, des portraits d’artistes, artisans, créateurs et des récits ancrés dans la nature.
Tournée vers l’échange, la transmission et la mise en lumière des initiatives locales, cette collection célèbre la richesse humaine et culturelle d’un territoire préservé, entre création, patrimoine et paysages sauvages.
À chaque édition, un fil conducteur : la rencontre — authentique, inspirante, essentielle.

À travers des portraits de nos espèces emblématiques partez à la découverte des différents milieux qui font la singularité du Sud Cévennes.
A. RichonAprès avoir suivi une formation universitaire en
biologie spécialisée en écologie et gestion des
écosystèmes, Diane s’est d’abord intéressée
aux impacts des pollutions terrestres avant de
travailler comme ingénieure d’études.
Souhaitant agir au plus près du terrain, elle a
complété sa formation en gestion des espaces
naturels et acquis une expérience en collectivité
territoriale et à la Direction Départementale des
Territoires.
Aujourd’hui chargée de mission Natura 2000,
elle coordonne la gestion collective de quatre
sites : les causses de Blandas et de Campestre et-
Luc, les gorges de la Vis et de la Virenque et
le Cirque de Navacelles.
Retrouvez Diane dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°6
Peux-tu nous expliquer ton parcours et ton rôle de chargée de mission Natura 2000 et sur quels sites opères-tu ?
J’ai suivi une formation universitaire en Biologie avec une spécialisation en Ecologie et gestion des écosystèmes. J’étais à ce moment très concernée par les études d’impact des pollutions aux métaux lourds et microplastiques sur l’environnement terrestre. Après une première expérience en tant qu’ingénieure d’études – Ecologue dans un laboratoire de recherche, j’ai finalement décidé de suivre une formation de Gestionnaire d’espaces naturels – Animateur Nature afin de pouvoir travailler au plus près des acteurs du territoire. L’essentiel pour moi est d’abord la cohésion des parties prenantes qui amène à la concertation, puis le fait de trouver une conciliation pour que toutes activités puissent se faire dans le respect des enjeux environnementaux. C’est pourquoi, après d’autres expériences en collectivité territoriale et au sein d’un service de l’Etat qu’est la DDT(M), j’ai souhaité devenir chargée de mission Natura 2000. Au sein d’une structure comme le Syndicat mixte du Grand Site du Cirque de Navacelles, engagé dans la préservation d’un patrimoine paysager, géologique et environnemental exceptionnel, mon rôle est d’encourager un travail collectif sur la gestion de 4 sites Natura 2000 : les causses de Blandas et de Campestre-et-Luc, les gorges de la Vis Virenque et le Cirque de Navacelles.
Qu’est-ce que le réseau Natura 2000 et pourquoi est-il important ?
Le réseau Natura 2000 est une volonté de l’Europe de créer un réseau cohérent d’espaces naturels protégés à son échelle. On compte ainsi plus de 27000 sites Natura 2000, représentant 18% du territoire européen. Son importance part du constat d’une perte de biodiversité conséquente, évaluée et chiffrée depuis plusieurs années par les experts du monde entier qui sourcent cinq causes majeures : le changement climatique, la surexploitation d’espèces sauvages, l’artificialisation des terres et de la mer, les pollutions – par les plastiques, les substances chimiques voire même les pollutions lumineuses, sonores ou thermiques – et la propagation d’espèces exotiques envahissantes. Pour exemple dans le monde, sur plus de 5 millions d’espèces sur Terre, seules 138 mille sont suivies dont 28% sont menacées… Les sites Natura 2000 permettent ainsi de préserver les habitats naturels et les espèces rares ou vulnérables. L’animation de ces sites se décline au niveau régional afin de considérer le contexte territorial local pour mener diverses actions de conservation du patrimoine naturel. Enfin, pour mettre en place ces actions, les acteurs locaux jouent tous un rôle afin d’élaborer une gestion concertée d’un patrimoine commun.
Quelles sont les espèces protégées des sites sur lesquels tu travailles ?
Les sites en question ont un patrimoine naturel exceptionnel donc ce serait trop long de tous les citer… Voici une liste non exhaustive : concernant la flore, la Gagée velue et la Jurinée humble localisées sur les plateaux calcaires caussenards bénéficient d’une protection nationale. Tous les rapaces sont protégés, on peut citer la présence sur le territoire du Grand-duc d’Europe aux mœurs nocturnes ; de l’Aigle royal, une espèce sensible aux dérangements ; de 3 espèces de vautours, le fauve, le moine et le percnoptère. Toujours chez les oiseaux, mentionnons le Crave à bec rouge, un corvidé nichant dans des cavités rocheuses et la Fauvette pitchou ou le Bruant ortolan, des passereaux en déclin qui favorisent les milieux semi-ouverts des causses. Chez les insectes, on retrouve le Damier de la Succise, un papillon de jour ; la Laineuse du Prunellier, un papillon de nuit ; la Cordulie splendide et la Cordulie à corps fin, deux libellules ; la Rosalie des Alpes, un coléoptère mal-nommé. Les sites Natura 2000 abritent des mammifères volants tous protégés en France, avec par exemple le Minioptère de Schreibers, le Grand Rhinolophe, le Petit Murin et la Barbastelle d’Europe. On y trouve également un mammifère semi-aquatique, la Loutre d’Europe, aux mœurs devenues en grande partie crépusculaires voire nocturnes en raison de sa sensibilité à la fréquentation sur son domaine vital le long de cours d’eau. Concernant justement le milieu aquatique, la présence du Barbeau méridional est attestée dans le cours d’eau de la Vis, ce qui est moins sûr pour l’Ecrevisse à pieds blancs dont la population a nettement chuté en raison de la peste de l’écrevisse amenée par la prolifération d’espèces exotiques envahissantes….
Quelles actions concrètes sont menées sur le terrain pour préserver la biodiversité ?
J’aborderais déjà tout ce qui est inventaires de terrain et suivis des habitats et des espèces qui ont permis la désignation des sites Natura 2000. L’objectif est soit d’améliorer la connaissance écologique des sites en comblant les lacunes de données initiales ; soit de mesurer une évolution de l’état de conservation de ces habitats naturels et espèces grâce à des suivis sur du long terme ; soit d’évaluer une différence notable de surface ou de population suite à une mesure de gestion. Les protocoles d’inventaires sont très divers en fonction de l’espèce ou de l’habitat et de l’information recherchée, en termes de périodes et de saisie de la donnée… Cela peut courir, par exemple, de la saison hivernale avec des points d’écoute pour le Grand-duc d’Europe, à la saison automnale avec des prospections de rassemblements d’Œdicnèmes criards, en passant par la réalisation au printemps de transects botaniques sur l’identification des plantes hôtes du Damier de la Succise et à la recherche l’été d’exuvies des Cordulies (exosquelettes laissés par les libellules lors du passage de la phase larvaire à la phase d’adulte ailé).
Ensuite, il y a tout ce volet contractuel associé à Natura 2000 avec la mise en place de contrats agricoles, forestiers ou ni-agricoles ni-forestiers. C’est un travail d’engagements auprès d’acteurs du territoire volontaires afin que leurs activités (agricoles, forestières, culturelles, sportives, etc.) se réalisent en considérant les enjeux environnementaux des sites, donnant lieu à une aide financière. Concrètement, en ce qui concerne les contrats agricoles, 11 exploitants se sont engagés entre 2023 et 2025 avec la souscription de Mesures Agro-Environnementales et Climatiques. Les objectifs visés sont de : maintenir le milieu semi-ouvert – avec présence d’arbres, haies, bosquets – à ouvert, favorable à de nombreuses espèces patrimoniales, par le pâturage des troupeaux associé ou non à un entretien mécanique comme le gyrobroyage ; préserver la flore spécifique et diversifiée en prohibant l’utilisation de pesticides et la destruction du couvert herbacé. Les contractualisations concernent également les chartes Natura 2000, qui, à l’instar des contrats, reposent sur des engagements et recommandations de bonnes pratiques en faveur du patrimoine naturel des sites sans surcoût pour les signataires volontaires. Ces derniers ont par contre droit à une exonération de la taxe foncière sur le non-bâti. La gestion des milieux naturels en sites Natura 2000 peut évidemment se réaliser sans passer par ces outils contractuels : des projets de mise en protection forte de certains secteurs très fréquentés ainsi que des actions de réhabilitation/restauration de lavognes (désempoissonnement, lutte d’espèces exotiques envahissantes) avec d’autres outils financiers sont en cours au sein des sites.
Autre point important, il n’y a pas de réglementation propre à Natura 2000 mise à part en ce qui concerne les études d’incidences : dès lors qu’un programme, un projet de travaux, d’ouvrage ou d’aménagement est envisageable sur un site Natura 2000, il doit faire l’objet d’une évaluation d’incidences en raison de l’impact potentiel sur le patrimoine naturel. Cette année, les études d’incidences ont porté sur des manifestations sportives de grande ampleur, le Ceven’Trail et Raid Occitania, avec qui les échanges ont abouti favorablement à leur réalisation. Des recommandations ont pu leur être formulées vis-à-vis de la gestion des déchets, du bon comportement à adopter (pas de hors-piste) et surtout d’une vigilance quant à l’utilisation de drones. Pour ce dernier en effet, les usages sont de plus en plus fréquents alors qu’ils sont une menace pour les oiseaux notamment, qui prendront la fuite jusqu’à abandonner leurs couvées en période de nidification ou occasionnant un stress qui peut leur être fatal. Au même titre, des études d’incidences ont porté sur des travaux de maintenance héliportés, pour lesquels la vigilance concerne la période d’intervention : en fonction de la localisation des travaux et du succès de reproduction de l’année d’un oiseau, les travaux peuvent être reportés hors de la période de sensibilité de l’espèce en question.
Je finirais par évoquer la démarche de sensibilisation auprès du tout public qui se rapporte à la mise en place de tenues de stand, d’interventions ou de conférences lors d’événements – comme cette année avec la Journée des Zones Humides, la Fête de la Nature, Label Journée – ou d’accueil sur le territoire d’étudiants de la Licence EDEN basée au Vigan et de la formation EGPN à Montpellier. J’envisage également de me rapprocher des écoles primaires des communes concernées par le zonage Natura 2000, car il est nécessaire que la prise de conscience de la fragilité et de l’importance de l’environnement qui nous entoure soit assimilée dès le plus jeune âge.
Comment travailles-tu avec les agriculteurs, les collectivités ou autres acteurs locaux ?
Pour les agriculteurs, j’ai vraiment souhaité proposer au plus grand nombre de candidats aux MAEC la possibilité d’avoir ses aides, en demandant des suppléments financiers quand il était possible de le faire. Je trouve primordial le lien avec eux, d’autant qu’ils sont eux-mêmes des gestionnaires d’espaces naturels quand ils arrivent à ne pas être happés par le système qui leur demande une production toujours plus conséquente…
Également, dès que je peux, je vais aux réunions organisées par les collectivités et puis s’enchaînent des discussions avec elles et les possibilités de travail collectif sur tel ou tel sujet. J’ai été rapidement happée dans les divers échanges avec un fort tissu associatif local et notamment par le biais de mes activités extra-professionnelles : je fais moi-même du trail et je pratique ponctuellement l’escalade, ce qui fait le lien entre mon travail de préservation des sites vis-à-vis des activités de plein nature. J’arrive à trouver la conciliation donc j’y crois d’autant plus pour le reste des activités !
Y a-t-il des résistances ou des incompréhensions parfois ? Comment les gères-tu ?
Cela fait maintenant un an que je travaille sur le territoire pour la protection de son patrimoine naturel. Il peut effectivement y avoir des conflits lorsque l’on touche à une manière de faire depuis des générations… C’est dommage mais je pense ne pas être assez « du coin » pour réussir à me faire entendre. Cela peut être frustrant quand on pense bien faire mais qu’on me voit comme une simple « écolo utopiste » !
Quelles idées reçues aimerais-tu déconstruire sur le réseau Natura 2000 ?
Autour de Natura 2000, j’entends beaucoup parler de « contraintes » : c’est surtout une peur que les porteurs de projets ont, du fait que leurs activités ne puissent pas aboutir ou alors être trop « contrôlées » au sein des sites. Pourtant, la démarche Natura 2000 ne vise pas à museler tout programme d’activités humaines au sein des sites, mais plutôt à trouver un terrain d’entente entre les acteurs du territoire et les gestionnaires d’espaces naturels. Il n’y a jamais de choix acté sans concertation avec les parties prenantes. J’ai l’exemple de la mise en protection qui est en cours au sein des gorges de la Vis, de Saint-Maurice-Navacelles à Saint-Laurent-le-Minier. Une phase de concertation est obligatoire avec les propriétaires, les communes concernées et le public en général, afin de mettre en place ce projet. Sans leur avis favorable, rien ne se passera !
Quels sont les projets ou chantiers à venir ?
J’ai déjà parlé du coup de la mise en protection forte de secteurs fragilisés, le long des gorges de la Vis, par une sur-fréquentation notamment l’été, avec le projet de mise en place d’un Arrêté préfectoral de Protection du Biotope (APPB). Un autre est envisageable sur des secteurs plus restreints concernant le domaine vital de l’Aigle royal, les juvéniles surtout étant très sensibles aux dérangements. Le cas de la mortalité d’un aiglon à Navacelles, en 2017, alors qu’un record du monde de slackline avait été autorisé, avait suscité un vif émoi. La Fédération Nature Environnement avait fini par obtenir gain de cause devant la justice, afin de sécuriser l’avenir en cas de situation semblable, d’où le projet d’APPB actuel.
D’autres chantiers de réhabilitation de lavognes et, avec le Groupe Chiroptères Languedoc-Roussillon et le CEN Occitanie, de mise en défens lors des périodes sensibles d’une grotte sont en cours. Un inventaire de terrain sur la Vis médiane et aval est engagé pour 2026 avec l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie), afin d’améliorer la connaissance sur des espèces à enjeux (Cordulies, Rosalies). De nombreux suivis auront notamment lieu pour suivre l’évolution ou le succès de reproduction de différentes espèces de la Directive Habitats (Grand-duc d’Europe, Crave à bec rouge, Pic noir, Damier de la Succise, etc.). Je peux également citer le court film de Pascal Gaubert, qui sera prochainement en ligne, demandé à des fins de valorisation du travail porté par Natura 2000 au sein des 4 sites des causses, gorges et du Cirque de Navacelles, avec un axe prioritaire sur l’Aigle royal.
Si tu as un message à faire passer pour préserver la nature, quel serait-il ?
On relaye très, trop souvent l’écologie au second plan mais il faut comprendre que la santé de l’environnement c’est également notre santé à nous… Personne ne devrait boire de l’eau contaminée, se nourrir de produits issus de sols épandus aux pesticides et respirer de l’air polluée aux particules fines. L’attention que l’on essaye de faire porter au travers d’actions réalisées par divers outils de protection de l’environnement permet la recherche d’une cohésion de groupe sur des questionnements de notre rapport avec la nature. Également, chacun, dans sa manière de vivre, peut à sa façon et à son échelle contribuer à la préservation de l’environnement : ne pas jeter ses déchets dans la nature et notamment réduire leur production, en optant par exemple pour des produits réutilisables ; limiter sa consommation d’eau ; favoriser le covoiturage ; débrancher ses appareils pour économiser l’électricité ; lutter contre la pollution numérique… Si vous avez la chance d’avoir un espace extérieur, ça passe aussi par l’aménagement de refuges pour les espèces sauvages qui maintiennent l’équilibre des milieux naturels (muret en pierre sèche, tas de bois, mare, nichoirs, etc.). Ce sont des gestes à la portée de tous qui ont de vraies conséquences : la pose d’un nichoir, par exemple, favorise la présence de passereaux comme la mésange, qui se nourrira des chenilles processionnaires du pin et participera ainsi à leur lutte…
Lorsque l’histoire se transforme en récit dramaturgique, difficile alors de dénouer le vrai de la légende. L’empoisonnement de la marquise de Ganges illustre parfaitement ce fait.
Ce qui est attesté, c’est que dans la soirée du 17 mai 1667, Diane de Joannis, marquise de Ganges fut empoisonnée par ses deux beaux-frères, l’un surnommé « l’abbé », l’autre « chevalier ». Après avoir ingurgité un breuvage censé la tuer (arsenic ?) presque instantanément, elle eut cependant la force de se sauver, en hurlant dans les rues de Ganges que l’on venait d’attenter à sa vie. Les deux compères surpris un temps, prirent leurs épées et après l’avoir poursuivie, lui assainirent force coups. La malheureuse, bien mal en point, trouve alors refuge dans une maison, certainement dans la « Grand-Rue », mais après une fort longue agonie meurt le 5 juin 1667.
Pourquoi fut-elle assassinée et son mari, Charles de Vissec de Latude, baron, puis marquis de Ganges, fut-il complice de ses deux frères ?
Difficile de répondre à ces deux questions, tant les nombreux écrits qui racontent cette triste histoire ne firent que mélanger faits et légende.
Est-ce lié à un bel héritage que la marquise reçu après la mort de son grand-père paternel, Melchior Jacques de Jaonnis, très riche conseiller d’Etat au Comtat Venaissin, qui attire la convoitise de sa belle famille ?
Ce qui est avéré c’est que justice fut rendue. L’abbé et le chevalier sont condamnés par contumace à être rompus vifs en place publique. Le marquis, sans que sa culpabilité soit avérée est condamné au bannissement perpétuel et ses biens confisqué aux profits de Louis XIV.
Source : Michel Fratissier, maire de Ganges
archives
Valérie Garonne
Valérie GaronneAlexandre Dumas, et bien d’autres écrivains rendent hommage à la belle marquise.
Comme eux nous voulons, plus de trois siècles plus tard, saluer son courage et sa mémoire en mettant à contribution notre pâtissier de la ville de Ganges qui ont réussi à nous concevoir gâteaux et chocolats à son effigie.
La recette ? Pas question de vous la dévoiler, elle doit rester, comme le drame de notre marquise, un mystère bien gardé….
T. SauvéPassionnée de lutherie depuis l’adolescence, Marie-Catherine découvre cet univers le jour où elle accompagne son grand-père chez le luthier chargé de réviser son violon. Séduite par le bois, les outils et le savoir-faire du luthier, elle se forme à la Bottega di Parma en Italie, puis approfondit ses connaissances en instruments baroques au West Dean College en Angleterre. Elle se spécialise ensuite dans la restauration d’instruments au sein d’ateliers londoniens tout en perfectionnant son savoir-faire.
En 2022, elle installe son atelier à Ganges, dans une ancienne bonneterie réaménagée.
Retrouvez Marie-Catherine dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°5
En quoi consiste ton métier ?
Mon métier possède plusieurs facettes. La principale, et la plus importante, est la fabrication de violons, altos, violoncelles, contrebasses et violes de gambe. J’assure également la restauration et la maintenance des instruments, ainsi que la location pour les enfants et adultes souhaitant s’initier à la pratique musicale. Je collabore notamment avec l’école de musique du Vigan, en prenant soin de leurs instruments et en réparant, entre autres, des archets cassés !
Qu’est-ce qui t’a motivée à installer ton activité en Sud Cévennes ?
A mon retour en France en 2017 j’ai ouvert mon premier atelier à Béziers. Cependant, avec mon conjoint, nous étions amoureux de la région et profitions de week-ends pour nous évader dans les Gorges de la Vis, près de Gorniès. Peu à peu, nous avons décidé de nous y installer et avons racheté l’ancienne usine de bonneterie. Après un an et demi de travaux pour aménager l’atelier, nous avons acquis notre maison et nous y sommes définitivement installés en 2022.
Quelles sont les étapes de fabrication d’un instrument ?
Le processus de création varie selon chaque instrument. Tout commence par le choix du bois, élément essentiel puisqu’il influence la sonorité. En lutherie traditionnelle, l’érable est utilisé pour le fond, les éclisses et le manche, l’épicéa pour la table, et l’ébène pour la touche. Pour les violes de gambe, d’autres essences comme le noyer ou le cerisier peuvent être privilégiées.
Je débute par le fond, que je rabote et ajuste à l’épaisseur souhaitée, de quelques millimètres. Ensuite, je façonne les éclisses : ces fines lamelles de bois de 1,5 mm d’épaisseur sont cintrées à chaud pour épouser la forme de l’instrument. Vient alors la sculpture de la table, qui, à la différence de celle d’une guitare, présente une voûte. Après avoir creusé l’intérieur pour atteindre l’épaisseur idéale, j’ajoute les ouïes et la barre d’harmonie, puis assemble la caisse en fermant l’ensemble. Les bords sont ensuite abaissés et le filet posé.
Vient alors ma partie préférée : la réalisation du manche. Sur les violes de gambe, les têtes sculptées confèrent une identité unique, une certaine personnalité à l’instrument ! Un détail que j’affectionne particulièrement. Enfin, je termine par la touche et le cordier, confectionnés en érable avec un placage en ébène, avant d’appliquer le vernis final.
Quels sont les événements dans la région où l’on peut apprécier ces instruments ?
Dans la région je pourrais citer trois grands festivals où l’on peut apprécier ces instruments : le Festival du Vigan, le Festival de l’Alto à Lasalle, auquel j’ai d’ailleurs participé, et le Festival Boulegan à l’Ostal à Saint-Jean-du-Gard.
Peut-on visiter ton atelier ?
Bien sûr ! Sur rendez-vous, du lundi au vendredi, je vous accueille avec plaisir pour vous faire découvrir mon atelier. Vous pourrez observer les différentes étapes de fabrication des instruments, en apprendre davantage sur les bois utilisés et échanger autour du savoir-faire de la lutherie. N’hésitez pas à me contacter pour convenir d’un moment de visite !
T. Sauvé
T. Sauvé
T. Sauvé
P. CoussyHélène est une scientifique engagée et une passionnée de transmission. Enseignante-chercheuse à l’université de Montpellier, elle forme les étudiants du département Génie Biologique de l’IUT de Montpellier et se spécialise dans les sciences des polymères. Ses recherches visent à développer des solutions d’écoconception pour les emballages alimentaires, favorisant la circularité et contribuant à la réduction du gaspillage alimentaire ainsi que de l’empreinte plastique.
Hélène est membre fondatrice et présidente de l’association Exhale, qui organise le festival Les Romanesques à Saint-Roman-de-Codières, qu’elle soutient bénévolement depuis 2015. Convaincue que la science et l’art doivent dialoguer, elle défend la nécessité du beau pour appréhender le réel.
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Qu’est-ce que l’association Exhale ?
L’association Exhale a été créée en 2015 à Saint-Roman-de-Codières, petit village perché sur les crêtes cévenoles gardoises. Nos actions sont guidées par l’envie de promouvoir l’art et la culture, en les rendant accessibles en milieu rural et en lien avec la découverte des patrimoines naturels et humains.
L’objectif majeur qui nous anime est de faire « monter la culture » vers le village, que celle-ci devienne un vecteur de lien entre les habitants grâce au développement d’une dynamique de rencontres autour de projets innovants. L’accès pour tous à des découvertes culturelles combiné au plaisir à se retrouver nous semblent en effet nécessaires pour développer une société plus résiliente et plus inclusive. Exhale attache de l’importance à l’ancrage dans le territoire, à la convivialité associée à une exigence de qualité.
Le principal événement organisé par l’association Exhale est le festival Les Romanesques. Depuis 2021, nous développons une saison culturelle avec une programmation artistique proposée seule ou en collaboration avec d’autres acteurs du territoire (Filature du Mazel, Elvis Platinés, théâtre de l’Albarède, collectif N.U., Doc Cévennes, La Fabrique, …). Événements culturels, ateliers de médiation culturelle et de pratiques amateurs sont proposés dans ce cadre..
En quoi consiste le festival ?
L’identité du Festival Les Romanesques, c’est la diversité des arts proposés, la mise en exergue de la nature, le tout dans une ambiance authentique, chaleureuse et familiale. La programmation est choisie de telle sorte que tous les modes d’expression artistique du spectacle vivant soient représentés.
Nous prônons la qualité et la pluridisciplinarité des arts pour favoriser les découvertes, croiser les publics et ainsi encourager la mixité et les échanges sociaux et culturels. Le squelette de la programmation s’articule autour de six piliers : le cirque aérien, la musique classique, une soirée festive, des balades botaniques, des ateliers de découverte du patrimoine, et la promotion de jeunes talents. Les lieux de leurs performances sont superbes : à couvert dans l’église ou dans la tour médiévale, et en plein air sur la place du marché, sur les chemins de la Pierre Plantée ou dans le théâtre de verdure. Le festival se veut également un lieu de fête, de plaisir et de beauté.
Pourquoi avoir choisi Saint-Roman-de-Codières ?
Le choix de Saint-Roman-de-Codières pour le festival est motivé par ses paysages extraordinaires, offrant des vues imprenables sur le massif de l’Aigoual et le Mont Ventoux. C’est aussi une rencontre avec un village où l’humain et la dimension collective rendent les choses possibles. Un premier cercle complice et un comité de pilotage solidaire, convivial et inventif ont permis une mobilisation rapide et enthousiaste des énergies de la mairie et des habitants.
Tous partagent la conviction que l’accès à la culture doit être un droit fondamental. Le théâtre de verdure est emblématique de l’esprit d’ouverture et d’accueil qui anime cette commune. Cet état d’esprit est partagé par tous ceux qui rendent possible ce festival.
En 2025 le festival fête ses 10 ans…
La 10ème édition des Romanesques, du 22 au 24 août 2025, célèbre un projet culturel participatif réunissant St Roman et trois communes voisines. Les habitants créeront des chansons avec Hervé Demon et Cécilia Simonet, présentées lors du festival. Pour la première fois, un spectacle de voltige équestre sera proposé, grâce à la ferme équestre de Benjamin Grain. Le programme inclut du cirque aérien avec Piano Rubato, des spectacles de rue, des balades botaniques, et des concerts, notamment avec Marianne Aya Omac et Namaz Pamous. Le festival débutera le vendredi soir sous le thème « Soi-disant ! », soulignant la pérennité de l’événement.
As-tu des coins à recommander autour du village ?
Je dirais la randonnée au Col des Fosses. C’est une boucle de 2 à 3 heures qui démarre de la Pierre Plantée. Elle passe par le camp des plots avec ses trois menhirs en granit, et offre une vue imprenable sur le massif de l’Aigoual.
T. SauvéL’ancienne usine de bonneterie Brun d’Arre, ancien fleuron de l’industrie textile cévenole dès le XVIIIème siècle, est aujourd’hui le terrain de jeux et de travail de Roland et Arthur Lamon, père et fils. Cet imposant bâtiment offre un espace idéal pour accueillir leurs créations. Ils partagent une passion commune pour l’art et la scénographie, un lien tissé au fil des années à travers le savoir-faire et la transmission. Roland, artiste peintre, plasticien, scénographe et également restaurateur certifié des Bâtiments de France et Arts Sacrés, possède une expérience riche de centaines de réalisations – du théâtre à l’opéra, en passant par les musées et l’événementiel.
Arthur suit les traces de son père, perfectionnant son art à ses côtés avant d’intégrer l’Opéra de Paris puis de retourner dans les Cévennes.
Ensemble, ils perpétuent un savoir-faire familial où tradition et créativité se mêlent avec passion.
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Pouvez-vous nous parler de vos parcours ?
Roland : J’ai intégré les Beaux-Arts de Bordeaux à l’âge de 16 ans, avant de travailler pendant huit ans comme peintre décorateur à l’Opéra de Bordeaux. Ensuite je me suis lancé en artiste indépendant. Au début, j’avais un atelier à Montpellier où je travaillais principalement pour la muséographie puis j’ai eu l’occasion de m’installer dans les Cévennes, à Pont d’Hérault puis plus récemment à Arre.
Arthur : J’ai commencé à travailler avec mon père à l’âge de 16 ans, puis dans des ateliers de décors. J’ai rapidement obtenu le statut d’intermittent du spectacle. À 20 ans, je suis monté à Paris pour le travail et j’ai eu la chance de travailler avec l’Opéra de Paris, en particulier sur des décors grands formats. Par la suite, j’ai choisi de me mettre à mon compte pour me consacrer exclusivement à la réalisation de toiles peintes. Mon parcours m’a finalement ramené dans les Cévennes, pour aider mon père à faire les travaux dans l’atelier d’Arre.
En quoi consiste votre métier ?
Roland : Nous réalisons des décors, des peintures sur toiles destinés à des opéras, des théâtres, des musées, au cinéma… Nous pouvons peindre des ciels, des forêts, des architectures illusionnistes, des trompe-l’oeil… Nous intervenons sur de nombreux projets différents. J’ai également restauré des fresques et des sculptures dans les églises, notamment celles de Montdardier et d’Arre. Il m’arrive aussi d’exposer mes propres créations.
Arthur : Plus c’est complexe, plus nous aimons relever le défi ! Pour le cinéma nous avons par exemple travaillé pour l’équipe de Wes Anderson sur The French Dispatch (2021) et Asteroid City (2023) ou encore avec Maïwenn sur Jeanne du Barry (2023) et Antoine Blossier sur Rémi sans famille (2018). J’ai réalisé des copies de tableaux et même été la doublure de la main de Vincent Macaigne qui interprétait le peintre Pierre Bonnard dans le film Bonnard, Pierre et Marthe (2023) . J’ai également réalisé des copies de tableaux de Vincent Van Gogh pour le film biographique At Eternity’s Gate en 2017, ce qui nous vaut le surnom de ‘faussaires pour le cinéma’ dans notre profession !
Pour le téâtre et l’opéra, j’ai réalisé des décors pour l’Opéra Royal de Versailles (Don Giovanni…) et l’Opéra de Paris (Aïda, Le Songe D’une Nuit d’été…) ainsi qu’une restitution d’un décor de théâtre réalisé par Pierre-Luc Ciceri en 1837, Palais de marbre. Mais notre métier nous a aussi amenés à participer à la décoration de défilés de haute couture pour Chanel en 2013 et 2018, de prêt-à-porter pour Fendi en 2015… Et plus récemment pour la série télévisée The Walking Dead.
Qu’est-ce que l’Académie du Décor Peint ?
Roland : Cette Académie est un espace de transmission et de formation. Nous y organisons des stages et des ateliers, où nous enseignons les bases du décor peint à partir d’une maquette. L’objectif est de simplifier cette maquette et d’apprendre à réaliser des colonnes, des sculptures en trompe-l’œil et d’autres effets illusionnistes. Nous utilisons des techniques traditionnelles comme la ficelle et le fusain pour tracer les décors.
Pourquoi avoir choisi les Cévennes pour votre activité ?
Arthur : Au départ, c’était un heureux hasard. Une connaissance m’a prévenu qu’un atelier se libérait dans l’ancienne usine de bas à Arre. En découvrant le lieu, j’ai tout de suite été séduit par les volumes. De grands espaces, sans piliers ni colonnes, avec une immense verrière.
Quelles sont les différentes étapes de création d’un décor ?
Tout commence par une rencontre avec le metteur en scène ou le commanditaire. Nous échangeons pour comprendre l’univers qu’il souhaite recréer. Ensuite, nous proposons des dessins et des projets. Une fois le concept validé, nous réalisons une maquette à l’échelle avant de passer à la version grandeur nature.
La dernière étape est la livraison du décor.
Y a-t-il un projet sur lequel vous avez pris un plaisir particulier à travailler ?
Arthur : Chaque projet est unique et intéressant, mais certains marquent plus que d’autres. L’Opéra Royal de Versailles, par exemple, avec un drapé sur une toile de 16 mètres sur 10 pour une production de Roméo et Juliette, a été un défi passionnant. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est qu’on a toujours travaillé en famille et entre amis.
Un autre projet mémorable a été le décor pour le film Rémi sans famille. Nous avons peint directement sur le plateau de tournage, en seulement quatre nuits sur une toile verticale de 100 mètres de long par 15 mètres de haut. Un travail colossal mais passionnant !
Avez-vous une anecdote marquante à partager ?
Roland : Une anecdote particulièrement touchante est la fresque que j’ai réalisée il y a trente ans pour le musée des Beaux-Arts de Draguignan. À l’époque, Arthur n’était qu’un enfant de trois ans, curieux et déjà fasciné par l’univers dans lequel il grandissait ! Trois décennies plus tard, le musée nous a recontacté pour réaliser une nouvelle fresque.
Cette fois encore, c’est ensemble, en duo, que nous avons relevé le défi !
Votre travail est-il influencé par le fait que vous vivez en Sud Cévennes ?
Roland : Oui bien sûr ! Nous sommes arrivés par hasard mais nous ne sommes pas restés par hasard. C’est un luxe absolu de pouvoir travailler au plus proche de la nature avec la rivière à proximité. Un environnement aussi inspirant est idéal pour notre créativité.
A. Lamon
A. Lamon
A. Lamon
CinemaDansEtoilesRéalisatrice de films d’animation, Maša a notamment collaboré avec Folimage et le programme «En sortant de l’école». Elle a étudié à la Faculté des arts appliqués de Belgrade, en Serbie, ainsi qu’à l’école de la Poudrière à Valence. Depuis quatre ans, elle est membre du bureau de l’association Projectiles.
Retrouvez Maša dans le magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°5
Quel est le lien entre l’association et La Fabrique ?
C’est une association d’anciens étudiants de la Poudrière et Bernard Palacios y intervient chaque année sur différents films et exercices. Bernard a cofondé le studio mythique de la Fabrique et y a travaillé jusqu’à sa fermeture. Il nous a alors proposé de continuer à y faire vivre la création de films d’animation au travers de résidences, le studio de production ayant fermé et ses locaux étant vides. En été 2019, se déroula la première édition de la résidence, organisée en partenariat avec La Fabrique Association, la mairie de Saint-Laurent-le-Minier et l’association Projectiles.
Comment se déroule une résidence à la Fabrique ?
Pendant 1 mois, 6 résidents sont hébergés et travaillent à la Fabrique, sur l’écriture et les recherches graphiques de nouveaux projets de films d’animation. Pendant ce temps de vie collective, ils partagent un atelier dans ce qui était un studio qui a accueilli de nombreuses productions de films. Le lieu est très inspirant, chargé d’une histoire très importante pour les auteurs de films d’animation d’aujourd’hui et porte de nombreuses traces et archives.
Les résidents proposent également une projection de leurs films en début de résidence, pour se présenter et faire connaissance avec les habitants intéressés, ainsi qu’une après-midi de portes ouvertes à la fin, pour présenter leur travail et en discuter avec les visiteurs. Ces moments d’échange sont toujours très riches et intéressants.
Peux-tu nous parler des 6 derniers résidents et de leurs projets ?
Barbara Malleville a travaillé sur un projet de court métrage à l’encre sur papier, adapté d’un conte écologiste mexicain, À l’ombre des lianes. Jumi Yoon, a travaillé sur un projet de film jeunesse de 26 minutes, Les aventures de Kiltong, adapté d’une bande dessinée de Heo Gyun. Catherine Manesse a travaillé sur un projet de court métrage basé sur des souvenirs personnels de vacances d’été, d’ennui et d’aventures imaginaires d’enfance, Vlassovo. Guillaume Lorin a travaillé sur un projet de jeu vidéo, Low Tide, où l’humanité, devenue minuscule, s’est réfugiée au bord de la mer, et doit apprendre à survivre en s’entraidant, au gré des marées, de ses plantes et animaux.
Maxime Saillard et Florian Cailler ont développé un projet de série, Klong !, sur 3 amis adolescents qui tentent de faire survivre leur club de pétanque, dans un village du sud de la France.
Comment se concluent les sorties de résidence ?
En échange de l’accueil très chaleureux que nous réservent La Fabrique, la mairie et les habitants du village, les résidents contribuent à l’organisation du superbe festival «Cinéma dans les Étoiles» qui a lieu à la fin de la résidence. Cet événement met à l’honneur le dessin animé avec une soirée de projections à Saint-Laurent-le-Minier. La 24ème édition a lieu en 2025.
La Fabrique
T. SauvéAu cœur de la vallée de la Vis, Saint-Laurent-le-Minier, autrefois prospère grâce à l’exploitation minière et à l’industrie papetière, connaît un nouvel essor dans les années 1970 avec le cinéma d’animation. En effet, dans l’ancienne filature Foulquier du XIXème siècle, les bobines de cellulose remplacèrent les bobines du précieux fil de soie grâce au studio d’animation et de production La Fabrique, fondé par les réalisateurs Jean-François Laguionie, Bernard Palacios et cinq autres amis.
Réalisateur indépendant de courts-métrages d’animation, Bernard Palacios est formé aux Beaux-Arts, puis a débuté avec la série télévisée Au bout du Crayon. Il poursuit son travail à travers la création de livres, la peinture, l’enseignement à l’école du film d’animation La Poudrière et son engagement dans La Fabrique Association.
Retrouvez Bernard dans le magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°5
Quelle est l’histoire de La Fabrique ?
La Fabrique est née en 1979 lorsque Jean-François Laguionie a réuni une équipe de réalisateurs indépendants, dont Nicole Dufour, Henri Heidsieck, Claude Luyet, Émile Bourget, Patrick Darlot et moi-même, pour réaliser son premier long-métrage d’animation, Gwen, le livre de sable, dans une ancienne usine de tissage de soie que nous avons acheté. Nous avons fait ce film à 5 personnes, pendant 5 ans. Actuellement, en France, il faut au moins 400 personnes pour réaliser un dessin animé. Nous l’avons réalisé avec un matériel très particulier de prises de vue : un banc-titre multiplan, ce qu’a utilisé Walt Disney pour Blanche-Neige et les 7 nains. à la fin de ce film, tous les réalisateurs devaient rentrer chez eux. J’habitais à Annecy, un de mes amis habitait en Suisse… À cette époque, Jack Lang, alors ministre de la Culture, a initié un projet de décentralisation du cinéma en France. Ce plan concernait cinq lieux, dont le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique avec René Alliot et La Fabrique à Saint-Laurent-le-Minier, ainsi que d’autres sites, notamment en Bretagne. Le Ministère de la Culture a donc aidé à l’installation d’une association qui devait engendrer une maison de production. Et nous sommes tous restés vivre ici !
Pendant plusieurs décennies, et jusqu’à il y a dix ans, La Fabrique a constitué un catalogue riche de courts-métrages d’auteurs, de séries télévisées et de quelques longs-métrages, tels que Princes et Princesses de Michel Ocelot et L’Île de Black Mor de Jean-François Laguionie. Fidèle à sa ligne éditoriale, elle s’est consacrée exclusivement au film d’auteur, totalisant plus de 70 productions.
Dans ce bâtiment, nous avons accueilli jusqu’à 80 personnes travaillant sur différents projets. Au départ, nous n’aurions jamais imaginé une telle expansion. Le dernier film qui ait été réalisé en méthode traditionnelle d’animation à La Fabrique est Le château des singes, de Jean-François Laguionie en 1999.
En 2014, une crue éclair, que l’on surnomme «la vague» ici, a détruit le premier étage du bâtiment, les installations et tout le matériel des films. Déjà fragilisée financièrement, la production n’a pas survécu malgré des tentatives de relance. Seule l’Association, restée indépendante, perdure aujourd’hui avec un objectif purement culturel..
De nos jours, quelle est la vocation de La Fabrique ?
Désormais, l’association a un but culturel : nous organisons des ateliers d’initiation au dessin animé avec des enfants, dans des milieux médicaux ou des structures à destination de personnes en situation de handicap. Nous organisons aussi des conférences, des projections et le Festival Cinéma Dans les étoiles. Depuis cinq ans, un nouveau chapitre s’est ouvert pour La Fabrique grâce au soutien de la mairie de Saint-Laurent-le-Minier, redevenue propriétaire des bâtiments.
Ce partenariat permet d’accueillir en résidence de jeunes réalisateurs, anciens diplômés de l’école de la Poudrière à Valence, venus ici pour développer leurs nouveaux projets, qu’il s’agisse de films, de séries ou de jeux vidéo.
Offrant un cadre privilégié, à la fois paisible et enrichi par un réseau d’animation dynamique dans les villages voisins, ces résidences leur permettent d’affiner leurs idées et d’obtenir des subventions, constituant ainsi le point de départ de leurs créations.
Par ailleurs, l’activité culturelle s’intensifie à Saint-Laurent, notamment avec le théâtre qui propose des résidences dédiées aux arts de la marionnette. Fidèle à sa mission, l’association s’engage à faire vivre ses bâtiments à travers des initiatives créatives. Ces projets donnent lieu à des journées portes ouvertes, des partenariats avec des réalisateurs et d’autres événements favorisant l’échange et la création.
Parmi toutes les oeuvres de la Fabrique, quelles sont les plus marquantes ?
C’est une question difficile… Il y en a tant ! Michel Ocelot vient facilement en premier, avec la série d’animation Ciné Si qu’il a réalisée en papier découpé, faite dans la cuisine ! Six épisodes de la série seront regroupés pour le long métrage Princes et Princesses. Je pense également à la série Les Cadeaux, d’Henri Heidsiek.
Pourquoi s’être installé particulièrement à Saint-Laurent-le-Minier ?
C’était une idée de Jean-François Laguionie qui s’étant installé à Saint-Bresson, était passé par Saint-Laurent et a apprécié le cadre qui lui rappelait la Corse, où il était parti en vacances !
T. Sauvé
T. Sauvé
T. Sauvé
T. SauvéCitadin tombé amoureux des Cévennes, Vincent découvre la vallée de Cézas en 1979 lorsque ses parents restaurent un mas en ruines près du Prieuré Saint-Martin. Plus tard, ils fondent l’association Asphodèle pour restaurer le Prieuré. D’abord visiteur de vacances, il s’installe définitivement à sa retraite et s’investit activement dans l’association.
Retrouvez Vincent dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°5
Peux-tu nous raconter l’histoire du lieu ?
La chapelle romane du Prieuré, construite au début du XIIème siècle, aurait pu être l’œuvre d’une petite communauté de moines issue d’une abbaye voisine, peut-être celle de Sauve, bien qu’aucun document ne le confirme. Les premiers écrits mentionnant le Prieuré datent d’environ 1450, époque où les moines ont disparu. Un fermier occupe alors les bâtiments et exploite les terres pour un prieur, qui fait office de curé pour Cézas et ses environs. Le Prieuré reste le centre paroissial de la vallée jusqu’au XIXème siècle.
Son histoire est marquée par de nombreux événements, dont les plus dramatiques surviennent lors de la guerre des Camisards (1702-1705), quand la chapelle est incendiée et le presbytère détruit. Le coup fatal intervient en 1867 avec la construction d’une nouvelle église et d’un presbytère à Cézas, rendant le Prieuré obsolète.
Désacralisée, la chapelle devient un hangar agricole jusqu’au départ du dernier fermier en 1910. Ensuite, livré au pillage et à l’abandon, l’ensemble des bâtiments tombe en ruine.
Quelles ont été les grandes étapes de restauration ?
Asphodéle-Le Prieuré se crée en 1986 à l’initiative d’une poignée des « néo-cévenols » venus repeupler le village déserté de Cézas à partir des années 1960. Les premiers chantiers consistent à déblayer les gravats qui encombrent les ruines, à débroussailler les traversiers et remonter leurs murets, à décroûter dans la chapelle l’enduit masquant l’incendie des Guerres de Religion pour retrouver le bel appareillage des pierres nues. Dès les années 90, le travail de ces pionniers débouche sur des subventions publiques et privées qui permettent de refaire le toit en lauzes de la chapelle.
Notamment parce que la commune de Sumène, grâce à son secrétaire de mairie, prend conscience de l’attraction patrimoniale que représente le Prieuré pour son territoire.
Les chantiers de reconstruction, depuis, se succèdent. Le plus spectaculaire étant celui ayant abouti, en 2006, à l’entière restauration de la salle dite « presbytérale ». Le vrai presbytère cependant, où habitait le prieur, reste la dernière ruine à relever. Dans le but de transformer cette ruine en résidence d’artistes. L’association est tout entière mobilisée là-dessus.
Un architecte a travaillé pour elle, des devis sont établis – et merci d’avance pour toutes les bonnes volontés qui aideraient à financer ce projet.
Peut-on visiter le lieu ?
Le site extérieur est accessible librement à tout moment. Pour visiter l’intérieur des bâtiments, il est recommandé de venir un mardi entre 9h et 16h, lorsque les bénévoles, surnommés « les vaillants du mardi », sont à l’œuvre. De plus, un adhérent accueille généralement les visiteurs chaque dimanche par beau temps.
Durant la saison culturelle, de fin mai à mi-septembre, de nombreuses visites sont possibles, notamment lors des expositions avec des permanences d’accueil chaque après-midi. Il est également possible de prendre rendez-vous à tout moment, en particulier pour les groupes, en nous contactant via le site Asphodèle-Le Prieuré.
Comment fais-tu vivre le lieu et quels événements y sont organisés ?
Je préfère ne pas parler d’endroit hyper spécifique car je trouve que les Cévennes sont en soit comme une initiation. Il faut découvrir les plus beaux coins par soi-même, avec les amis que l’on rencontre ici.
Les Cévennes sont une invitation aux sens pour le visiteur novice, elles invitent à être à la réception de quelque chose d’assez extraordinaire. Il faut simplement faire cette démarche d’aller à la découverte, à la rencontre, il faut le mériter. Ce n’est pas un territoire qui se consomme.
Depuis 2002, sous l’impulsion d’André Bonnifay, alors président de l’association, Asphodèle-Le Prieuré organise de nombreux événements culturels et conviviaux. De mai à septembre, spectacles, concerts, expositions et conférences animent le site. Fidèle à sa vocation patrimoniale, l’association poursuit la restauration des bâtiments tout en insufflant une dimension culturelle, faisant du Prieuré un lieu d’échange et de création.
As-tu des idées de randonnées au départ du Prieuré ?
J’ai de nombreux chemins favoris, car l’une de mes passions est de restaurer d’anciens sentiers et d’en créer de nouveaux. Depuis 45 ans, je parcours les Cagnasses, la Fage et l’Argentesse, sécateur en main, pour redonner vie aux chemins oubliés de la vallée. Certains sont redevenus publics, comme « le tour des Cagnasses », désormais balisé en PR, dont j’ai retracé une grande partie dans les années 80 et que je continue d’entretenir.
D’autres, plus secrets, ne se dévoilent qu’en de rares occasions comme dans le cadre de la Fête de la Nature au mois de mai, que nous célébrons chaque année depuis 4 ans.
O. Octobre
O. Octobre
O. OctobreNos magazines forment une collection vivante de rencontres, de témoignages de ceux et celles qui font vivre le Sud Cévennes.
Depuis sa première édition, le magazine Rencontre Sauvage donne la parole à celles et ceux qui font vibrer le territoire du Sud Cévennes. Chaque numéro est une invitation à la découverte à travers des entretiens sensibles, des portraits d’artistes, artisans, créateurs et des récits ancrés dans la nature.
Tournée vers l’échange, la transmission et la mise en lumière des initiatives locales, cette collection célèbre la richesse humaine et culturelle d’un territoire préservé, entre création, patrimoine et paysages sauvages.
À chaque édition, un fil conducteur : la rencontre — authentique, inspirante, essentielle.
OT Sud Cévennes & O. OctobreÀ travers des portraits d’artistes et d’artisans : Roland et Arthur Lamon, Bernard Palacios, Marie-Catherine Massé et la participation exceptionnelle de Piers Faccini, nous vous invitons à découvrir un monde de création niché au cœur du Sud Cévennes. Cette édition dévoile également les coulisses de lieux emblématiques : usines transformées en théâtres, festivals itinérants, résidences artistiques, ainsi qu’une carte vivante de tournages et d’inspirations.