Rencontre avec Alban Laurent

Depuis deux ans, Alban a intégré l’équipe du Parc national des Cévennes en tant que chef d’équipe des gardes-moniteurs du massif de l’Aigoual, l’un des cinq massifs qui composent le Parc.
Le métier de garde-moniteur consiste à mettre en œuvre les orientations du service «Connaissances et veille du territoire».

Retrouvez Alban dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°6

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Quel est ton rôle au sein du Parc national des Cévennes ?


Deux statuts caractérisent mes missions : technicien de l’environnement et inspecteur de l’environnement. En tant qu’inspecteur, mon rôle est de veiller au respect de la réglementation et à l’application du Code de l’environnement. La zone cœur du Parc est soumise à une réglementation définie par décret, tandis que la zone d’adhésion repose sur une charte visant un développement durable et cohérent du territoire.

Ce métier est passionnant, autant par la diversité des missions que par la spécificité du Parc : ici, la conservation de la nature et les activités humaines coexistent. C’est un défi majeur, porté depuis une cinquantaine d’années et il est très valorisant d’être acteur de cette recherche permanente d’équilibre. L’homme n’est pas dissocié de son environnement : accompagner le territoire dans sa globalité est au cœur de l’action du Parc national des Cévennes.


Quels sont les grands enjeux territoriaux pris en compte dans ton travail ?


La dimension sociale et territoriale est fondamentale. Nous sommes au carrefour d’enjeux agricoles, forestiers, naturalistes et économiques. La chasse, la pêche et les activités de pleine nature font pleinement partie de nos champs d’action, toujours dans une recherche d’harmonie entre usages et préservation.

Notre stratégie scientifique repose sur une hiérarchisation des enjeux, définie secteur par secteur en fonction de leurs spécificités. On ne peut protéger efficacement que ce que l’on connaît. L’établissement public a par ailleurs la responsabilité de certaines espèces patrimoniales à l’échelle nationale. Certaines espèces de faune et de flore ne sont aujourd’hui plus représentées qu’en Cévennes. Des populations entières d’oiseaux dépendent directement de l’état de conservation local, comme le circaète Jean-le-Blanc.


Quelles évolutions observes-tu sur les écosystèmes et la ressource en eau ?

Le massif de l’Aigoual est riche en habitats naturels et nécessite une attention constante.
La ressource en eau dépend certes de la pluviométrie, mais aussi du bon état des zones humides et du fonctionnement naturel des cours d’eau de montagne.

Le changement climatique accentue les risques, notamment en matière d’incendies et de sécheresses répétées. La faune et la flore évoluent : certaines espèces remontent en altitude, tandis que d’autres disparaissent. Même si certains habitats montrent une capacité de résilience, la rapidité des évolutions climatiques dépasse souvent le temps nécessaire à la compréhension et à l’adaptation des écosystèmes complexes.

Après plus de trente ans de prospection en montagne, j’ai notamment constaté un stress hydrique marqué sur certaines forêts de l’Aigoual.


Quelles actions le Parc mène-t-il tout au long de l’année sur le massif  ?

Les thématiques varient selon les saisons.
En été, nous accompagnons les éleveurs en estive et menons des actions de sensibilisation auprès des visiteurs lors des pics de fréquentation. Le printemps et l’été sont également consacrés aux suivis floristiques.

Nous réalisons aussi de nombreux suivis faunistiques : papillons de jour, coléoptères (comme l’osmoderme érémite ou la rosalie des Alpes), mammifères et micromammifères, dont la musaraigne aquatique, véritable indicatrice de la qualité des eaux.

Les rapaces diurnes et nocturnes font aussi l’objet de suivis réguliers. On observe la présence de petites chouettes de montagne rares et fluctuantes, comme la chevêchette (récemment apparue, sans reproduction confirmée à ce jour) ou la chouette de Tengmalm, emblématique des hêtraies fraîches et bien conservées.

Le territoire accueille-t-il des espèces emblématiques ?

Oui, notamment en ce qui concerne les chauves-souris. Le territoire cévenol accueille la majorité des espèces présentes en France. Pour certaines, comme la barbastelle d’Europe, nous enregistrons même des chiffres records pour le sud du pays.

Des suivis télémétriques sur la grande noctule, une chauve-souris arboricole, montrent des interactions fortes entre les forêts de l’Aigoual et d’autres sites situés parfois à plus de 60 km.


Quelle est l’action phare menée actuellement sur le massif de l’Aigoual ?

Cette année, l’action majeure est la création d’un site de lâcher de gypaète barbu, une espèce présente ici il y a des milliers d’années. Ce projet s’inscrit dans un programme européen LIFE et bénéficie d’un suivi attentif à l’échelle de plusieurs massifs montagneux européens.
Le gypaète, vautour mangeur d’os, symbolise un engagement fort en faveur du retour d’une espèce patrimoniale majeure.

En quoi le Parc national des Cévennes est-il un territoire à part ?

Le Parc national des Cévennes est le seul parc national de moyenne montagne habité.
Cette réalité impose une recherche permanente d’équilibre entre préservation des milieux naturels et activités humaines.

C’est précisément cette adéquation entre protection, usages et vie locale qui donne tout son sens à nos missions.

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