T. Sauvé

Rencontre avec Arthur et Roland Lamon

L’ancienne usine de bonneterie Brun d’Arre, ancien fleuron de l’industrie textile cévenole dès le XVIIIème siècle, est aujourd’hui le terrain de jeux et de travail de Roland et Arthur Lamon, père et fils. Cet imposant bâtiment offre un espace idéal pour accueillir leurs créations. Ils partagent une passion commune pour l’art et la scénographie, un lien tissé au fil des années à travers le savoir-faire et la transmission. Roland, artiste peintre, plasticien, scénographe et également restaurateur certifié des Bâtiments de France et Arts Sacrés, possède une expérience riche de centaines de réalisations – du théâtre à l’opéra, en passant par les musées et l’événementiel.

Arthur suit les traces de son père, perfectionnant son art à ses côtés avant d’intégrer l’Opéra de Paris puis de retourner dans les Cévennes.
Ensemble, ils perpétuent un savoir-faire familial où tradition et créativité se mêlent avec passion.

Retrouvez Arthur et Roland dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°5

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Pouvez-vous nous parler de vos parcours ?

Roland : J’ai intégré les Beaux-Arts de Bordeaux à l’âge de 16 ans, avant de travailler pendant huit ans comme peintre décorateur à l’Opéra de Bordeaux. Ensuite je me suis lancé en artiste indépendant. Au début, j’avais un atelier à Montpellier où je travaillais principalement pour la muséographie puis j’ai eu l’occasion de m’installer dans les Cévennes, à Pont d’Hérault puis plus récemment à Arre.

Arthur : J’ai commencé à travailler avec mon père à l’âge de 16 ans, puis dans des ateliers de décors. J’ai rapidement obtenu le statut d’intermittent du spectacle. À 20 ans, je suis monté à Paris pour le travail et j’ai eu la chance de travailler avec l’Opéra de Paris, en particulier sur des décors grands formats. Par la suite, j’ai choisi de me mettre à mon compte pour me consacrer exclusivement à la réalisation de toiles peintes. Mon parcours m’a finalement ramené dans les Cévennes, pour aider mon père à faire les travaux dans l’atelier d’Arre.

En quoi consiste votre métier ?

Roland : Nous réalisons des décors, des peintures sur toiles destinés à des opéras, des théâtres, des musées, au cinéma… Nous pouvons peindre des ciels, des forêts, des architectures illusionnistes, des trompe-l’oeil… Nous intervenons sur de nombreux projets différents. J’ai également restauré des fresques et des sculptures dans les églises, notamment celles de Montdardier et d’Arre. Il m’arrive aussi d’exposer mes propres créations.

Arthur : Plus c’est complexe, plus nous aimons relever le défi ! Pour le cinéma nous avons par exemple travaillé pour l’équipe de Wes Anderson sur The French Dispatch (2021) et Asteroid City (2023) ou encore avec Maïwenn sur Jeanne du Barry (2023) et Antoine Blossier sur Rémi sans famille (2018). J’ai réalisé des copies de tableaux et même été la doublure de la main de Vincent Macaigne qui interprétait le peintre Pierre Bonnard dans le film Bonnard, Pierre et Marthe (2023) . J’ai également réalisé des copies de tableaux de Vincent Van Gogh pour le film biographique At Eternity’s Gate en 2017, ce qui nous vaut le surnom de ‘faussaires pour le cinéma’ dans notre profession !

Pour le téâtre et l’opéra, j’ai réalisé des décors pour l’Opéra Royal de Versailles (Don Giovanni…) et l’Opéra de Paris (Aïda, Le Songe D’une Nuit d’été…) ainsi qu’une restitution d’un décor de théâtre réalisé par Pierre-Luc Ciceri en 1837, Palais de marbre. Mais notre métier nous a aussi amenés à participer à la décoration de défilés de haute couture pour Chanel en 2013 et 2018, de prêt-à-porter pour Fendi en 2015… Et plus récemment pour la série télévisée The Walking Dead.

Qu’est-ce que l’Académie du Décor Peint ?

Roland : Cette Académie est un espace de transmission et de formation. Nous y organisons des stages et des ateliers, où nous enseignons les bases du décor peint à partir d’une maquette. L’objectif est de simplifier cette maquette et d’apprendre à réaliser des colonnes, des sculptures en trompe-l’œil et d’autres effets illusionnistes. Nous utilisons des techniques traditionnelles comme la ficelle et le fusain pour tracer les décors.

Pourquoi avoir choisi les Cévennes pour votre activité ?

Arthur : Au départ, c’était un heureux hasard. Une connaissance m’a prévenu qu’un atelier se libérait dans l’ancienne usine de bas à Arre. En découvrant le lieu, j’ai tout de suite été séduit par les volumes. De grands espaces, sans piliers ni colonnes, avec une immense verrière.

Quelles sont les différentes étapes de création d’un décor ?

Tout commence par une rencontre avec le metteur en scène ou le commanditaire. Nous échangeons pour comprendre l’univers qu’il souhaite recréer. Ensuite, nous proposons des dessins et des projets. Une fois le concept validé, nous réalisons une maquette à l’échelle avant de passer à la version grandeur nature.
La dernière étape est la livraison du décor.

Y a-t-il un projet sur lequel vous avez pris un plaisir particulier à travailler ?

Arthur : Chaque projet est unique et intéressant, mais certains marquent plus que d’autres. L’Opéra Royal de Versailles, par exemple, avec un drapé sur une toile de 16 mètres sur 10 pour une production de Roméo et Juliette, a été un défi passionnant. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est qu’on a toujours travaillé en famille et entre amis.
Un autre projet mémorable a été le décor pour le film Rémi sans famille. Nous avons peint directement sur le plateau de tournage, en seulement quatre nuits sur une toile verticale de 100 mètres de long par 15 mètres de haut. Un travail colossal mais passionnant !

Avez-vous une anecdote marquante à partager ?

Roland : Une anecdote particulièrement touchante est la fresque que j’ai réalisée il y a trente ans pour le musée des Beaux-Arts de Draguignan. À l’époque, Arthur n’était qu’un enfant de trois ans, curieux et déjà fasciné par l’univers dans lequel il grandissait ! Trois décennies plus tard, le musée nous a recontacté pour réaliser une nouvelle fresque.
Cette fois encore, c’est ensemble, en duo, que nous avons relevé le défi !

Votre travail est-il influencé par le fait que vous vivez en Sud Cévennes ?

Roland : Oui bien sûr ! Nous sommes arrivés par hasard mais nous ne sommes pas restés par hasard. C’est un luxe absolu de pouvoir travailler au plus proche de la nature avec la rivière à proximité. Un environnement aussi inspirant est idéal pour notre créativité.

Découvrez l’univers d’Arthur et Roland

A. Lamon
A. Lamon
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