Rencontre avec Valère Marsaudon

Après un bac scientifique et deux années de classe préparatoire BCPST, Valère intègre l’école Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts à Nancy pour y suivre la formation d’ingénieur forestier.
À l’issue de ses études, il réalise un volontariat civil à l’aide technique aux îles Kerguelen, puis devient chargé de mission faune à la Direction régionale de l’Environnement d’Orléans. Il poursuit ensuite sa carrière à Rennes, au sein de la DREAL Bretagne, comme chargé de mission Natura 2000.

En 2012, il rejoint l’Office national des forêts et le massif de l’Aigoual, où il prend la responsabilité d’une unité territoriale.

Retrouvez Valère dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°6

Télécharger le magazine n°6

Quelles sont les principales missions de l’ONF sur le massif de l’Aigoual ?


La principale mission de l’ONF sur l’Aigoual consiste à gérer les forêts publiques, qu’elles soient domaniales (propriété de l’état) ou communales (propriété des communes), d’une façon à la fois durable et multifonctionnelle. Durable, parce qu’elle s’inscrit sur plusieurs décennies et repose surtout sur la régénération naturelle des peuplements.

Multifonctionnelle, car les forêts publiques ont pour vocation à la fois de : produire du bois pour approvisionner la filière bois, protéger la ressource en eau, la biodiversité, les sols, la diversité des paysages, et enfin accueillir du public et les nombreuses activités de pleine nature qui sont pratiquées, dans le respect des réglementations et des enjeux de protection.

Comment concilies-tu production forestière, biodiversité et prévention des risques naturels ?


La conciliation entre production forestière et préservation de la biodiversité repose sur des pratiques sylvicoles privilégiant la régénération naturelle, la diversité des essences et des peuplements irréguliers, ainsi que sur des mesures spécifiques de protection comme les réserves biologiques, les îlots de sénescence ou la conservation d’arbres-habitats.

Elle s’appuie aussi sur des précautions lors des chantiers d’exploitation : clauses particulières relatives à la conservation des cours d’eau et zones humides, périodes de quiétude en cas de reproduction de certaines espèces patrimoniales d’oiseaux, par exemple.
Le partenariat que nous avons avec le Parc national des Cévennes et qui consiste pour les gardes-moniteurs à parcourir les parcelles forestières prévues au programme annuel de coupes, nous permet d’affiner les enjeux écologiques et de les prendre en compte au mieux lors des chantiers d’exploitation.

Quant aux risques naturels, le fait de ne pas pratiquer de coupes rases, sauf à de très rares exceptions près, permet de nous prémunir contre le risque d’érosion. Concernant le risque incendie et sachant que 93 % des départs de feu sont d’origine humaine, l’enjeu principal consiste à sécuriser les bords de voiries et les abords des habitations par les mesures appropriées, en l’occurrence le respect des obligations légales de débroussaillement (OLD) par les propriétaires riverains et par les services en charge de la gestion des routes.

Quels grands projets sont en cours ou prévus ?


Sur le renouvellement des peuplements, la pression des grands cervidés et le changement climatique nous conduisent à mener quelques expérimentations pour favoriser et diversifier la régénération forestière.
Concernant l’accueil du public, nous participons aux réflexions menées par l’ensemble des acteurs du territoire, que ce soit en accompagnement ou en tant que porteurs de projets, comme par exemple le sentier accessible à tous de Puéchagut et la revalorisation du site de l’Hort de Dieu.

Ces différentes actions sont notamment reprises dans le cadre de la démarche Aigoual Forêt d’Exception, que j’ai le plaisir d’animer sur le massif depuis 2013.

Quelles mesures mets-tu en place pour limiter l’impact du tourisme sur les milieux fragiles ?


Dans le cas de milieux fragiles ou d’espèces pouvant être dérangées (pendant la période de reproduction notamment), l’enjeu principal consiste à ‘canaliser’ la fréquentation, pour que la grande majorité des visiteurs reste sur les itinéraires balisés.

Plus spécifiquement,des réflexions sont menées sur le massif, en particulier avec l’appui du Parc national des Cévennes : la mise en défens des pelouses sommitales de l’Aigoual pour limiter leur sur-piétinement, et la mise en place de mesures visant à réduire le dérangement durant la période du brame du cerf sur l’ensemble du massif.

Quelles priorités ou défis vois-tu pour l’Unité Territoriale Aigoual dans les 5 à 10 prochaines années ?
L’adaptation de la gestion forestière au changement climatique, bien sûr ! Si nous savons d’ores et déjà que l’épicéa va disparaître du massif, nous surveillons attentivement les phénomènes de dépérissement ou d’affaiblissement des deux autres essences forestières les plus importantes du massif, à savoir le sapin pectiné et le hêtre. Et comme dit précédemment, nous menons quelques expérimentations pour favoriser et diversifier la régénération forestière.

Parmi les autres enjeux figurent le rétablissement de l’équilibre sylvo-cynégétique (pour retrouver une régénération naturelle abondante et de qualité), la réponse aux demandes locales du territoire en bois (bois de construction, bois énergie), la prise en compte de l’évolution et de la diversification des activités de pleine nature et bien sûr la communication autour de l’ensemble de ces enjeux de gestion forestière, à destination des acteurs du territoire, des scolaires et du grand public.

Nous n’avons que peu de temps disponible pour ces actions de médiation. Celles-ci sont pourtant essentielles et nous nous efforçons d’y répondre, à travers l’accueil ponctuel de groupes d’étudiants en forêt et puis, en partenariat avec le Parc national des Cévennes, à travers l’accueil de collégiens et lycéens sur le dispositif du ‘martéloscope’, à côté du lac des Pises, pour les sensibiliser et les initier aux enjeux de gestion forestière.