Rencontre avec Eric Imbert

Originaire de Nantes, éric obtient son doctorat en biologie évolutive à Montpellier à la fin des années 90. Après un passage par le Canada, il fut recruté en 2001 comme maître de conférences à l’Université de Montpellier.


Il réalise ses activités de recherches à l’Institut des Sciences de l’évolution de Montpellier et travaille sur des questions liées au maintien de la biodiversité, notamment en réponse au changement climatique.
En 2012, avec plusieurs collègues, il a monté une formation dans le domaine de l’expertise naturaliste, la licence études et Développement des Espaces Naturels (EDEN). Cette formation, dont il est responsable depuis plusieurs années, se fait par alternance : soit par l’apprentissage soit par un contrat de professionnalisation.

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Pourquoi est-ce important de former des jeunes directement sur le territoire du Sud Cévennes ?


L’université de Montpellier a des liens avec le Pays Viganais depuis de nombreuses années, notamment avec l’utilisation du Village Vacances pour des semaines d’enseignement immersif, ou des semaines d’intégration. Ce qui était le cas de la Licence EDEN qui a travaillé sur des sites naturels du Pays Viganais depuis sa création. Lorsque le projet d’un pôle d’enseignement supérieur a été évoqué en 2018, l’équipe pédagogique de la licence EDEN a été contactée et nous avons proposé de délocaliser cette formation pour plusieurs raisons. D’abord, être au Vigan cela facilite l’accès au logement pour les alternants (qui doivent aussi avoir un logement à proximité de l’entreprise dans laquelle ils travaillent). Ensuite, pour des experts naturalistes, les environs immédiats du Vigan représentent un plus évident.
Les alternants de la licence EDEN venant de toute la France, c’est donc aussi l’occasion de faire connaître ce territoire.

En quoi la végétalisation d’un centre urbain est-elle essentielle pour la qualité de vie et pour l’environnement ?


Chacun a fait l’expérience des effets apaisants d’une balade en forêt. Être dans le Parc des Châtaigniers ou sur les bords de l’Arre au Vigan, c’est presque une balade en forêt.
De nombreux travaux récents montrent les effets bénéfiques des végétaux pour lutter contre les effets caniculaires associés au bitume et au béton. Les végétaux permettent de constituer des îlots de fraîcheur.
Cela vaut pour les arbres comme les micocouliers de la Place du Quai, mais aussi pour le lierre sur les murs. On ne le répétera jamais assez : laissez pousser le lierre !
La présence d’espaces enherbés, sauvages, désordonnés ont aussi des effets bénéfiques pour les insectes pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons. Il faut donc laisser les herbes sauvages pousser au milieu du bitume.

Quel rôle pouvons-nous jouer pour favoriser la biodiversité végétale en milieu urbain et dans les zones en développement ?


D’abord, laissons pousser l’herbe. Arrêtons de vouloir du bitume et des murs sans verdure. N’oublions pas les vertus des murs en pierres sèches, un élément de l’identité cévenole : ils sont non seulement moins polluants à construire que les murs en parpaing ou en béton, mais laissent de la place à la biodiversité. Les oiseaux, lézards, insectes et les plantes peuvent s’y installer. Tout le monde y gagne : la biodiversité, mais aussi les agents chargés de l’entretien qui peuvent consacrer leur temps de travail à des choses vraiment utiles pour la collectivité.
On peut aussi aider ces plantes en en mettant là où il n’y en a pas. Un simple bac à fleurs suffit. L’idéal serait d’aménager l’ensemble de la voirie pour laisser les plantes s’installer.

Existe-t-il des plantes indicatrices pour évaluer la qualité écologique des milieux urbains, et comment l’urbanisation peut-elle malgré tout favoriser la biodiversité ?


Le premier effet de l’urbanisation est de faire disparaître les végétaux, mais c’est aussi vrai pour les insectes, les oiseaux, les mammifères… En fait peu d’espèces réussissent à vivre en présence des humains. Nous sommes de très mauvais voisins. Un milieu urbain de mauvaise qualité sera un milieu où l’on trouve des plantes qui n’ont pas besoin de pollinisateurs, donc des espèces à pollinisation par le vent comme la pariétaire, les orties…. à noter que ces plantes sont aussi souvent source d’allergie pollinique !

L’autre particularité des milieux urbains est d’accumuler des polluants de toute sorte. Les espèces végétales qui se développent sont donc des espèces qui supportent ces pollutions. In fine, on se retrouve avec un cortège d’une soixantaine d’espèces seulement capables de pousser dans ces milieux. Plus le milieu est perturbé, plus la diversité est faible.
Si vous observez une orchidée sauvage en milieu urbain, un lin, ou simplement un coquelicot… alors il y a de l’espoir pour que le milieu ne soit pas trop mauvais. Comme dit plus haut, il faudrait penser nos espaces urbains pour laisser la biodiversité végétale et animale s’épanouir et pas seulement sous la forme d’espaces verts qui représentent des îles, mais bien selon des continuums, selon le modèle du corridor.

Les routes sont les seuls aménagements urbains conçus pour être continus. Je peux partir de chez moi et traverser la France, et même l’Europe sans sortir de ma voiture. Je ne peux pas le faire en utilisant les trottoirs ou en circulant à vélo, je vais forcément traverser une route. Or l’exemple des routes nous montre qu’il est possible de concevoir des corridors continus. Faisons-le pour la biodiversité ! Et pour le vélo aussi ! à grande échelle, les corridors écologiques sont plutôt bien respectés avec la mise en place de la trame verte et bleue, mais il faudrait aussi le faire à l’échelle des milieux urbains, et donc connecter les îlots de verdure aux zones péri-urbaines et non anthropisées.
Pour des zones urbaines comme Le Vigan ou Ganges, cela n’est pas trop un problème, mais on doit pouvoir quand même mettre plus de verdure dans les centres historiques.

Y a-t-il des initiatives locales qui montrent qu’urbanisation et conservation de la flore peuvent aller de pair ?


Il y a peu d’actions de conservation spécifiques à la flore en Sud Cévennes en dehors des actions de gestion des sites protégés et gérés (Réserve de Combe-Chaude, site Natura 2000 du Causse de Blandas, par exemple).
Concernant la flore urbaine, attendons de voir les résultats des étudiants de la licence ! Mais les idées sur la création d’espaces végétalisés (trottoir enherbé, parking sans bitume…) existent déjà. Il suffit de les appliquer ! Il y a aussi des programmes de connaissance pour le grand public comme « Sauvage de ma rue ».