
Passionné par la préservation des milieux aquatiques, Romain a construit son parcours autour de l’eau et de l’environnement. Après un BTS en Gestion et Maîtrise de l’Eau puis une licence Eau et Environnement, il s’est naturellement tourné vers la gestion et la protection des rivières.
Depuis 2022, Romain veille à la bonne santé des cours d’eau en tant que technicien de rivières du Haut Bassin de l’Hérault : il réalise des diagnostics écologiques, suit la végétation rivulaire, mesure les débits, conseille les collectivités et sensibilise les riverains…
Il intervient aussi lors des situations de crise – crues, embâcles ou pollutions – où sa réactivité et sa connaissance fine du territoire sont essentielles.
Entre observation, coordination et pédagogie, Romain exerce un métier au plus près de la nature, où chaque journée contribue à préserver la vie et l’équilibre des rivières..
Retrouvez Romain dans notre magazine de destination Sud Cévennes Rencontre Sauvage n°6
Quels types de travaux réalises-tu le plus fréquemment ?
Les interventions les plus fréquentes concernent surtout l’entretien de la ripisylve, pour garantir un équilibre entre biodiversité, sécurité et bon écoulement des eaux. Il s’agit là de supprimer les arbres tombés dans le cours d’eau, ceux trop penchés ou encore ceux atteints de maladies.
Une autre de nos missions est la lutte contre les espèces végétales exotiques envahissantes présentes aux bords de nos cours d’eau, comme la renouée du Japon ou l’Arbre à papillons (Buddleia de David). Comme pour la ripisylve, nous suivons un Plan Pluriannuel de Gestion qui détermine les tronçons sur lesquels nous devons intervenir. Enfin, le suivi hydrologique en période estivale : nous suivons le débit des cours d’eau principaux et de certains affluents pour améliorer la connaissance de leur fonctionnement en période d’étiage (basses eaux). Ce suivi nous permet de mettre en place des arrêtés préfectoraux de sécheresse selon les seuils atteints (vigilance, alerte, alerte renforcée ou crise).
Quel projet récent t’a le plus marqué ?
En mars 2025, le Syndicat de rivières a coordonné deux journées dédiées à la sensibilisation aux milieux humides, en collaboration avec quatre partenaires engagés sur cette problématique : Natura 2000, le Parc national des Cévennes, la Fédération de chasse du Gard et la Fédération de pêche du Gard. Ces deux jours ont permis de proposer un programme varié : des ateliers de sensibilisation à la biodiversité aquatique et au cycle de l’eau, animés au collège du Vigan, un stand d’information sur le marché local, des conférences thématiques, des sorties terrain, ainsi que la projection de documentaires.
L’accueil enthousiaste du public a confirmé la pertinence de cette initiative, qui sera donc renouvelée en 2026.
Quels sont les enjeux environnementaux majeurs du territoire ?
Sur la partie amont du fleuve Hérault, les enjeux environnementaux sont à l’image des défis que connaissent de nombreux territoires méditerranéens. Ici, la ressource en eau reste fragile : les faibles précipitations et l’absence de réserves souterraines, notamment sur le socle granitique, rendent certains villages particulièrement vulnérables.
En 2023, la commune d’Alzon a même dû être ravitaillée par camions-citernes faute d’eau au robinet.
Le territoire est également exposé à des crues soudaines et violentes, comme celles survenues à Val d’Aigoual en 2020 ou à Saint-Laurent-le-Minier en 2014. À ces risques hydrologiques s’ajoute la pression touristique : la beauté des paysages et la richesse des rivières attirent chaque été de nombreux visiteurs venus pratiquer le canoë ou la baignade. Cette affluence doit être conciliée avec la préservation d’écosystèmes fragiles.
Sur ce territoire contrasté, entre sécheresses et crues, fréquentation touristique et besoin de préservation, la gestion intégrée de l’eau apparaît plus que jamais comme une nécessité collective.
Quelles richesses cachées ou fragilités méconnues caractérisent ce bassin ?
Beaucoup connaissent les paysages spectaculaires des gorges de la Vis et les nombreuses zones de baignade sur le territoire, mais peu imaginent la richesse écologique cachée dans les petits affluents, les sources ou les zones humides temporaires. Ces milieux abritent une biodiversité exceptionnelle et leur fragilité vient de leur discrétion : parce qu’ils sont peu visibles, ils sont souvent négligés ou altérés par des travaux ou des aménagements mal adaptés.
Si rien n’était fait, à quoi ressemblerait l’Hérault d’ici 20 ans ?
Les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et les études prospectives « Eau et bassin de l’Hérault 2050 » confirment une hausse des températures sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’une redistribution saisonnière de la ressource en eau. Les étiages s’allongent, tandis que les épisodes pluvieux automnaux gagnent en intensité. Ces perturbations répétées fragilisent la résilience des milieux aquatiques. Face à ces défis, il est urgent d’amplifier les actions de préservation et de sensibilisation à la protection des milieux humides, de continuer à améliorer la connaissance du fonctionnement de ces milieux et de poursuivre les entretiens réguliers, pour permettre de préserver leur potentiel écologique.
Un constat encourageant : là où des mesures sont mises en œuvre, les écosystèmes montrent une capacité de restauration rapide, c’est un signe de motivation quotidienne !
Quelles sont les espèces phares du territoire ?
Le Haut Bassin de l’Hérault abrite plusieurs espèces emblématiques, comme la truite fario, le chabot de l’Hérault ou encore l’anguille européenne, indicateurs de la qualité écologique des rivières.
La loutre d’Europe et le castor qui sont également présents, montrent une bonne qualité de l’habitat riverain.
Toutes ces espèces dépendent d’un équilibre hydrologique fragile et d’un entretien raisonné des berges.